Je ne voulais pas faire des études longues

L’envie d’humanitaire, je ne sais pas exactement comment ça a commencé. En fait, plus jeune, je regardais pas mal de documentaires. J’aimais beaucoup les documentaires animaliers et on voyait parfois des animaux, encadrés par des ONG. Et du coup, c’était ça la vision que j’avais à l’époque de l’humanitaire : sauver les éléphants. Je voyais ces gens qui étaient sur des terrains qui me fascinaient et des gens qui vivaient pour leur passion. Pour moi, c’était très abstrait, c’était complètement inatteignable.

À peu près au même moment, mon père qui a une agence d’événementiel à Paris commence à me faire venir sur ses événements, d’abord pour voir, puis en tant qu’assistante bénévole. Il y avait toujours besoin d’un coup de main. J’ai commencé à accompagner mon père à 8 ans, en 2004. J’ai un souvenir très précis de cet événement, j’avais vraiment aimé être là, dans les coulisses. Et puis après, au fur et à mesure, il me faisait venir de plus en plus et j’ai eu de plus en plus de responsabilités. Il y avait beaucoup de travail avec le diocèse, qui faisait donc des très gros événements à Notre-Dame ou l’organisation de la venue du pape… mais aussi des défilés de mode, des congrès, plein de choses différentes. Je file un coup de main assez tôt, ado, et j’ai vraiment aimé ça.

J’ai orienté mon parcours là-dessus. Je ne voulais pas faire des études longues, donc va pour un BTS communication : ça s’est très mal passé, mais mon envie de faire de l’évènementiel était toujours là. J’ai commencé à travailler à ce moment-là, il fallait que je devienne indépendante financièrement. Mon premier emploi, c’était chez Uber où j’ai enchaîné seize contrats en un an en tant qu’ »experte » : on est en bas de la chaîne, auprès des chauffeurs. A l’époque, le milieu est diversifié : on trouve des précaires mais aussi des chauffeurs pour qui c’est un petit passe-temps et qui bossent dans la finance.

Pour moi, ça a été l’étincelle

C’est tout un monde que j’ai découvert, qui était un premier pas dans l’interculturalité pour moi parce que je viens d’un milieu catholique et fermé. J’ai des parents devenus aisés, très nettement ancrés à droite. Messe tous les dimanches mais refus d’accepter ceux qui ne leur ressemblent pas, peur de ce qu’ils n’ont jamais vu. Je suis toujours croyante, mais je crois à un catholicisme ouvert, tourné vers l’amour de son prochain. Mes cinq sœurs et moi on a été bercées dans ce milieu-là tout en étant éduquées à réfléchir par nous-mêmes : du coup, on a toutes tournées assez gauchistes ! J’ai passé ma scolarité dans un lycée catholique privé avec des gens très riches, ce qui m’a encore plus enfermée dans ce milieu-là. Uber a été ma première expérience un peu en dehors de ce sentier. Je travaillais pour la boîte la plus haïe de France, mais j’ai pu y faire des rencontres humaines formidables. J’ai fini par me faire virer pour un retard de cinq minutes, à l’américaine.

Je n’avais pas de métier, j’étais paumée. Mon objectif, c’était d’évoluer personnellement et là j’étais en rade, à quai. Je ne sais pas comment faire. Je ne veux pas faire des études de logistique ou d’événementiel ni de communication parce que je ne veux pas rentrer dans un milieu de requins. Je n’avais pas encore correctement pensé, exprimé, verbalisé les valeurs qui me correspondaient, mais elles étaient pourtant claires pour moi. Au détour d’une conversation en vacances avec une de mes sœurs, elle me parle d’un de ses amis, pas franchement branché études, mais qui voulait faire de l’humanitaire et s’est formé pendant un an. Le gars travaille aujourd’hui sur des missions à l’international : c’est là que j’ai entendu pour la première fois parler de Bioforce. En rigolant, elle me décrit ce type qui « porte des sacs de riz à l’épaule ».

Pour moi, ça a été l’étincelle : évidemment, la logistique est partout, donc aussi dans l’humanitaire ! Et moi qui parlais à tout le monde d’évènementiel sans me rendre compte que c’est de l’aspect logistique dont je rêvais ! Autant l‘image de la logistique dans un entrepôt industriel ne m’intéressait pas, mais un projet humanitaire, c’est comme monter un énorme événement. Un évènement avec des valeurs qui plus est, qui aident les autres, qui portent une cause. Là : là ! Ça m’intéresse, vraiment.

Je rencontre un humanitaire à qui j’ai pu poser toutes mes questions

L’avis de mon père reste important pour moi : je lui en parle. « Tu te vois te retrouver sur des terrains de guerre avec des bombes ? Voir des gens crever de faim, mourir ? Tu te rends compte de ce que tu vas faire, ce que tu vas voir ? ». J’ai récupéré son énorme sac de peurs sur le dos, il était bien chargé. Je n’ai pas vraiment d’expérience professionnelle, je n’ai pas voyagé en dehors de l’Europe, je suis ultra peureuse : je crie devant une petite araignée. Bon, d’accord, je ne vais peut-être pas commencer tout de suite. Je suis alors repartie pour une année de boulot alimentaire dans la gestion de brevets d’invention. Ce n’était pas inintéressant mais pas franchement exaltant. Et puis un jour, ma responsable décide de me mettre au placard. Être à 24 ans dans une impasse professionnelle, c’est violent. S’ajoute à cette situation un diagnostic médical : j’ai une endométriose très sévère. Je ne vais pas bien, je suis tout le temps fatigué : vivre est une épreuve, m’habiller, une torture. Je devenais amorphe, je m’enterrai. Les médecins ne comprenaient pas ce que je vivais, ce que je ressentais. Arrive le Covid et le télétravail : pouvoir travailler allongée, ça m’a fait aller vraiment mieux. Avec le Covid arrive aussi l’envie de quitter Paris, changer de vie. Avec une amie on se dit qu’on allait acheter une maison à Lyon, s’installer avec nos chiens. Et puis, Lyon, c’est là que se trouve Bioforce. Il s’était passé du temps depuis mon envie de me lancer dans l’humanitaire. Mon envie est revenue même si je ne suis pas encore délestée de toutes mes peurs, ni débarrassée du syndrome de l’imposteur.

Finalement, je rencontre un humanitaire en soirée : un gars qui rentre de mission en Centrafrique. On a enchaîné 4 h de discussion. Je lui pose toutes mes questions, jusqu’à ma phobie des araignées ! Je mets tout sur la table, je déballe. Il m’a énormément rassurée. Je suis sortie de là en ayant enfin la conviction que j’étais prête. Je veux y aller. Je me suis inscrite.

En réalité, pas tout de suite : Bioforce réclame une lettre de motivation et j’ai mis trois mois à la rédiger. Trois mois d’introspection, il fallait que je sois vraie. Cette fois, ce ne pouvait pas être un truc bateau, c’était trop important pour moi. J’y réfléchissais tout le temps : j’avais peur de ne rien avoir à dire, de me rendre compte que j’étais sèche et d’en être perclus de honte. Je l’ai fait relire beaucoup, longtemps, cette lettre. J’ai reçu rapidement un mail qui me disait que j’étais admise. Je pousse un cri, ma pote était sur un escabeau, elle se casse la figure de surprise. Je lis, je relis pour être sûre. Cette fois c’est pour de vrai, on déménage à Lyon avec mon amie et son chien, six mois avant le début de la formation. Je flippe à mort, mais l’envie est plus forte de changer de vie, de contribuer par la logistique à être là pour ceux qui sauvent le monde. D’être entourée de gens avec qui partager des valeurs.

 


* Le prénom a été modifié.

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